Comment créer de la tension ?

Pour tenir le lecteur en haleine, il est primordial de jouer sur la tension narrative, car c’est elle qui va permettre au lecteur de se sentir impliqué et de s’immerger dans le texte. Elle va alors happer le lecteur et le pousser à tourner la page pour lire la suite avec une avidité renouvelée.

Contrairement à ce que certains peuvent penser, l’action ne crée pas forcément de tension. Cette dernière est plus vicieuse, elle demande pas mal de doigté et un bon dosage d’informations.

À retenir : pas de tension sans implication…

La clef pour créer de la tension est d’arriver à impliquer le lecteur. Le but est donc de faire en sorte que le lecteur s’immerge dans le texte et ait envie de savoir ce qui va se passer…

Pour atteindre ce but, voici une liste de quelques conseils utiles :

1 – « Il faut y croire pour le voir », telle est la devise de la tension narrative.

En plus d’être éditrice, je suis aussi très cinéphile et, pour illustrer mes propos, je ne vois pas d’exemple plus approprié que celui du scénario d’un film d’horreur qui, en cherchant à nous faire trembler, finit par nous faire éclater de rire… Évidemment, mon but n’est pas descendre le scénario d’un film, alors, permettez-moi d’inventer une histoire, qui, je l’espère pour le bien de tous, n’a jamais vu le jour.

Pitch : une bande de sept jeunes hommes et femmes en stage de photographie rentrent à l’hôtel après une journée riche de belles prises de vues… Quand soudain, ce groupe d’amis se rend compte qu’il y a un fou furieux dans l’hôtel qui tue tout ce qui bouge…

Jusqu’à maintenant, le scénario est assez probable : des fous armés qui viennent attaquer dans une école, un cinéma, des bars ou des boîtes de nuits, on en a tous entendu parler au moins une fois… Donc, pourquoi pas ? Mais à votre avis, que vont faire ces braves jeunes gens ? Tenter de s’enfuir ? Appeler les flics ? Crier à l’aide ? Paniquer et sauter de l’étage pour amerrir dans la piscine en bas de la fenêtre ? Bien sûr que non !

Au lieu de prendre la poudre d’escampette, ces jeunes sortent leur matériel et se lancent le défi de prendre les meilleurs clichés du meurtrier en train d’assassiner quelqu’un… Et bien sûr, plus il y a de sang, plus le photographe marquera de points !

Réaction primitive suite à la lecture d’un tel pitch : « mais, bon sang, qui ferait ça ? Quel photographe professionnel ou amateur se jetterait dans la gueule du loup de cette manière ? Même des journalistes casse-cous et en quête du prix Pulitzer ne s’y risqueraient pas ! »

Ce scénario est clairement risible… Comment voulez-vous impliquer le lecteur avec une telle histoire ? Les scènes seront sans doute pleines d’actions, avec des courses poursuites dans l’hôtel, mais où est la tension ? Qui aurait envie de vibrer avec les personnages et de les aider à sauver leur peau ? À l’inverse, si au lieu de se lancer ce défi ils cherchaient à s’enfuir ou à se défendre, leur réaction deviendrait normale et leur sort m’importerait bien plus !

Là où je veux en venir avec ce scénario inventé de toute pièce est que pour créer de la tension, il faut déjà arriver à faire en sorte que le lecteur adhère à la scène et à l’histoire en général. Si la situation paraît probable, alors le lecteur aura plus facilement tendance à se sentir impliqué. C’est comme la mention « histoire vraie » ou « inspiré de faits réels » que l’on peut trouver sur certains livres, ou dans le générique d’un film. Quand on le sait, les évènements qui ont lieu tout au long de l’intrigue prennent une autre dimension et ils donnent de la force au texte, car le lecteur va tout de suite se dire : « tu imagines ? C’est vraiment arrivé ! » et là, l’implication du lecteur est bien plus élevée, car il y croit ! Il croit en la véracité de cette histoire, il est persuadé que tout ce qui s’est passé est réel ou pourrait être réel… Même dans les littératures de l’imaginaire, cette sensation de « et si c’était vrai ? » est tout à fait possible ! Pour cela, la cohérence du texte est primordiale.

À noter : certains auteurs préfèrent flirter avec le cliché et l’absurde et présentent dès le début de l’histoire le côté décalé et humoristique qui sera mis en avant tout au long de l’intrigue (c’est le cas de la light-fantasy). À ce moment-là, l’absurde est tout à fait recherché et le comique impliqué par les évènements, parfaitement voulu. Pourtant, ajouter de la tension dans ce genre de texte est bel et bien possible.

2 – Accompagnez le lecteur et mettez-le en condition

Le lecteur est comme un enfant qui découvre un monde nouveau… Il faut lui montrer les choses, l’accompagner ! Il faut lui glisser à l’oreille : « regarde ça, c’est ici que tout se joue, l’avenir de l’histoire repose sur cet instant précis ! »

Pour mieux orienter le lecteur, il faut donc prendre le temps de poser les enjeux de la scène et de montrer à quel point ce moment est décisif pour l’avenir du personnage et de l’intrigue.

Malgré tout, il faut doser l’information et ne pas trop insister dessus pour éviter les lourdeurs ou ce fameux côté comique indésirable.

Pour un exemple plus concret, j’aimerais vous parler de la nouvelle L’Essence de jusériame d’Akram. La base de l’intrigue est la relation entre Aurul et Dural. Bien que le personnage principal soit un homme proprement détestable, l’auteur s’amuse tout au long du texte à faire progressivement grimper la tension. Cela en mettant en avant ce qu’Aurul pourrait bien devenir si jamais ses plans réussissaient, ou, à l’inverse, échouaient… Après tout, Aurul fait dans la politique, alors si ses travers sont révélés au grand jour, imaginez le scandale ! Les Panama Papers et autre affaire Bettencourt, ne sont rien du tout en rapport ! Vraiment, avec Aurul on est dans la cour des grands !

Ainsi, l’auteur de la nouvelle accompagne le lecteur en posant les enjeux, le tout menant à une issue inattendue. Et la tension augmente très lentement au fur et à mesure que le lecteur avance dans l’intrigue, ce qui donne l’impression que tout s’accélère jusqu’à l’apothéose en fin de texte.

En conclusion, poser les enjeux et accompagner le lecteur en lui montrant pour quelle raison tout ceci est décisif, permet au destinataire de l’œuvre de se sentir impliqué, la tension vient alors avec cette implication.

Attention ! Donner des informations, c’est bien, mais il faut que l’issue reste incertaine et donc garder le suspense jusqu’au bout ! Ne donnez pas trop d’éléments, car le lecteur ne doit en aucun cas deviner l’essentiel du dénouement, si le lecteur connaît la fin, alors la force du texte est perdue… C’est d’ailleurs tout l’objet du roman Le Dernier Prince d’Atlantis de Patrick Jénot. Rien que le titre nous indique clairement qu’il s’agit de la chute de l’Atlantide. Cette légende est connue par des millions de personnes, mais l’auteur en profite pour surprendre le lecteur. Ainsi, il revisite avec brio la chute de l’Atlantide et nous entraîne sur cette île d’une manière totalement inattendue.

3 – L’empathie, un moyen simple et efficace de déclencher la tension

En tant qu’écrivain à mes heures perdues, j’ai moi-même été confrontée au problème de la tension. Quand j’écris, les idées me viennent naturellement alors les syllabes et les mots défilent devant mes yeux sans difficulté, la sensation de plaisir de voir ces phrases s’aligner me remplit de joie. Je le sais, je tiens quelque chose ! L’histoire se développe, le miracle de l’écriture et de la persévérance a enfin fonctionné ! Lorsque je mets le point final à la scène, alors je suis heureuse parce que la magie a opéré !

Puis, quelques jours plus tard vient le moment de la relecture. C’est à ce moment-là que l’horreur de la réalité me rattrape : ces scènes sont vides, sans profondeur, les pages paraissent soudainement bien fades… Mais que s’est-il passé ? Ce que j’avais écrit, toutes mes bonnes idées ? Comment ai-je pu rater mon coup ?

De rage, j’ai envie de tout envoyer balader ! C’est vrai, pourquoi écrire si c’est pour ne rien faire de bon ? Il est temps d’abandonner, de mettre ce manuscrit aux oubliettes… Mais ça fait trois ans que j’écris ce punaise de bouquin ! Trois ans que je le peaufine, que je place l’espoir de le faire lire au plus grand nombre… Non ! Ne me dites pas que j’ai perdu tant d’années à écrire pour tout abandonner maintenant, ce serait trop bête, trop dur… Si seulement il existait un moyen pour que je parvienne à redonner plus de force à ce texte… Dites-moi qu’il existe un moyen simple de parvenir à donner de la profondeur à ces scènes ?

Mais oui, il existe une manière simple et efficace pour y arriver !

Il faut utiliser ses personnages, bien sûr !

Le point précédent parle du conditionnement du lecteur, ici on parle tout simplement de réunir les conditions permettant de créer de la tension… Torturer ses personnages est une façon, mais plus que de la torture physique, il faut créer une atmosphère de torture !

L’atmosphère de tension peut être créée de façon très simple en utilisant les perceptions des personnages, leurs sensations, leurs doutes, leurs peurs, leurs craintes, leurs espérances…

D’ailleurs, quoi de mieux que d’impliquer le lecteur avec une personne proche de lui ?

Tout à l’heure, j’ai pris l’exemple d’Aurul dans L‘Essence de jusériame, mais dans cette histoire, l’auteur a pris beaucoup de risques, car comme dit précédemment, le personnage est antipathique, alors créer de l’empathie dans ces conditions relève de l’exploit ! Et Akram s’en est très bien sorti ! En revanche, si l’auteur choisit un personnage proche du lecteur, quelqu’un qui réagit comme tout un chacun, un homme ou une femme attachant(e), alors s’identifier à ce personnage devient plus aisé et l’auteur peut alors jouer avec l’empathie du lecteur. D’ailleurs, il est reconnu que les meilleures scènes sont celles que l’auteur a lui-même déjà vécues. Inventer une scène de toute pièce est, en effet, beaucoup plus difficile que de se raccrocher à ce que l’on connaît. Donc, pour chaque situation de tension, l’auteur doit trouver des émotions qui lui parlent à lui, car si cela semble possible pour lui, alors il en sera de même pour d’autres personnes.

Attention ! Encore une fois, gare au dosage ! Il ne faut pas faire dans le mélo-dramatique. Ici, on recherche de la tension, pas de la pitié ou pire de l’ennui… Les mots et expressions choisis doivent-être précis et concis, n’en faites pas trop !

4 – Et une fois qu’on maîtrise tout ces concepts ?

Une fois que vous maîtrisez la mise en place de la tension et que vous avez appris à la doser, alors… vous êtes le meilleur !

Non, je vous fais marcher ! Ce serait bien trop beau pour être vrai ! Cela dit, j’ai tout de même conservé le meilleur conseil pour la fin…

Donc, au final : une fois que vous maîtrisez ces concepts, que faut-il faire ?

Eh bien s’amuser, tout simplement !

L’écriture est une passion ! Il ne faut pas que cela devienne un fardeau, alors prenez du plaisir à faire ce que vous aimez et jouez avec le lecteur ! Laissez-lui des indices, faites-lui emprunter le mauvais chemin, inculquez-lui une idée qui n’est pas la bonne et retournez la situation au moment le plus inattendu.

Amusez-vous à surprendre le lecteur, démarrez une partie de cache-cache avec lui. Faites en sorte de lui faire croire qu’il connaît le fin mot de l’histoire, que c’est lui qui tient les rênes et que les personnages ne sont que des pions… Mais au final, c’est l’auteur qui se joue du lecteur et qui lui fait miroiter des choses… Diabolique, n’est-ce pas ?

De cette manière, Arnaud Cornillet joue avec le lecteur dans son roman Les Portes du Quevorah. Il guide son lectorat et lui apprend des tas de choses sur les protagonistes, on se surprend à les apprécier, et au moment le plus inattendu, l’auteur retourne la situation en sa faveur et là notre monde et celui du personnage principal s’en trouve sans dessus-dessous !

Pour ceux qui préfèrent les textes courts, on retrouve le même jeu dans la nouvelle Marche vers le crépuscule de Christophe Guillemain dans laquelle on nous emmène dans cet incroyable monde de fantasy post-apocalytique. Ici, on tremble avec les personnages, puis à la fin, tout est chamboulé ! Et c’est là qu’on comprend que l’auteur s’est ri de nous… enfin, Christophe Guillemain nous a tellement bien eu qu’on ne peut pas lui en vouloir !

Conclusion

En conclusion, la tension est un procédé stylistique assez complexe qui demande la maîtrise de nombreux éléments. Évidemment, il y a des milliers de façons de mettre de la tension dans un texte. Cet article en énonce quelques unes, donc je récapitule :

Le plus important est qu’il faut que le lecteur se sente impliqué.

  •  Pour cela le lecteur doit croire en ce qu’il lit, il faut donc que cela soit vraisemblable et cohérent ;
  •  Il faut aussi mettre le lecteur en condition, en posant les enjeux et en donnant juste assez d’indices pour qu’on en vienne à se poser des questions sur l’avenir.
  •  Le moyen le plus simple d’y parvenir est de créer de l’empathie en passant par les émotions et sensations des personnages ;
  •  Amusez-vous et pensez à surprendre le lecteur en l’induisant en erreur et en jouant avec lui !
  •  Dans tous les cas : attention au dosage ! L’écriture est un art, et pour qu’on y adhère, il ne faut pas en faire trop !
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